Sculpture monumentale RACINE, Yverdon-Les-Bains.

La sculpure RACINE se trouve actuellement a la rue du Chasseron, Yveron-Les-Bains, Vaud, Suisse.
La sculpure RACINE se trouve actuellement a la rue du Chasseron, Yveron-Les-Bains, Vaud, Suisse.

L’histoire en images de la réalisation de cette sculpture monumentale de Federico BURKHA ( de l’arrivée du bloc de marbre de Carrare à Orzens à son inauguration à Yverdon-Les-Bains ) se trouve sur burkha.info

Construire Gilles Simond 26 avril 1989

Construire Gilles Simond 26 avril 1989

NV vente sculpture racine 24 juin 1997

NV vente sculpture racine 24 juin 1997

la region NV fondation CEPY1998

Extait de « Voyager entre deux trous de mémoire » contant l’arrivée du bloc…

Racine F-Burkha arrivee bloc 7 mai 1988

[… larguer  les amarres.

Pour cela j’ai dû m’auto-infliger un grand « coup de pied au cul », sous la forme d’un bloc de marbre de Carrare de 22 tonnes !

… Qui m’est littéralement tombé dessus et a provoqué la mise en marche de mon état de voyageur, d’abord intérieur puis un pas après l’autre.

«Caminante, no hay camino, se hace camino al andar»      Antonio Machado

Après ce premier faut départ, la détermination s’évaporait petit à petit, le train-train s’installait, le travail de bureau, la routine facile… une année, puis deux, puis… Il me fallait réagir !  Je ressortis un projet de mes tiroirs pour demander à un marbrier, chez qui j’avais pu apprendre la taille du marbre, de me trouver un bloc de marbre d’environ 1,5 par 1,5 de base et 2 mètres de haut. Deux semaines plus tard il m’appela « Je suis à Carrare, j’ai trouvé le bloc parfait pour ton projet. CD gris-bleu, un bloc de 190 par 240 de section. On te coupe une tranche de 1 m 90. C’est bien ça les proportions ? » Il ne me laissa pas le temps de compter et reprit « Alors on achète ?  Je dois rendre une réponse rapide, je pars dans une heure ! » Sans prendre le temps de réfléchir je rétorquais « OK on achète ! » Sans me donner plus de temps de réflexion il poursuivit avant de raccrocher « Alors c’est une affaire qui roule. Le bloc arrive chez toi dans 15 jours. » – Je n’avais ni le lieu pour réaliser la sculpture ni l’argent pour payer le marbre le transport et le déchargement !?!

Un matin, deux semaines plus tard, nous attendions le camion. Un voisin me prêtait un bout de son champs : « Si les vaches ont un petit peu moins d’herbe à brouter c’est pas grave. Je te demande juste de remettre tout en ordre quand la statue partira ! » Il ne s’attendait pas aux 5 ans qu’il me faudrait pour terminer et 5 autres années pour trouver un acheteur.  Guy, mon ami d’enfance, me prêta l’argent pour le transport et la grue : « Tu me remboursera quand tu la vendra ! » Nous avons pu faire plusieurs vagabondages ensemble, de la Tasmanie au Népal en passant par les Philippines, avant que je ne puisse lui rendre le dernier francs.

Le camion  arriva. En ouvrant la bâche, le bloc de marbre placé seul au centre de la remorque paraissait minuscule mais le chauffeur nous dit qu’il avait dû tricher au passage de la douane suisse. Le semi-remorque et son chargement, aussi petit paraissait-il, dépassait largement les 25 tonnes autorisées à l’époque sur les route suisses ; nous sommes le 16 mai 1988. Nous aurions dû organiser un transfert en train puis un convoi exceptionnel. Mais merci au chauffeur débrouillard mon « caillou », comme j’ai commencé à l’appeler en le découvrant, ce jour-là, sous cette bâche trop grande pour lui, était bien arrivé à Orzens et, cerise sur le gâteau, en respectant mon budget.

Entre temps la grue, une 16 tonnes, était arrivée, le grutier mesura le bloc, observa les fondations préparées dans le champ à 8 mètres de la route, mais surtout une ligne électrique aérienne en bordure de cette route, entre le camion et la  croix de béton. Il nous dit que sa grue ne pourrait pas déplacer le bloc, il devait passer sous les fils et l’angle du bras serait trop faible. On commanda donc une autre grue qui actuellement terminait un autre travail dans le région. Ce devait être une 125 tonnes, elle arriva dans le courant de l’après-midi, mais elle était tellement longue, je me souviens d’un nombre interminable de roues, qu’elle n’a pas pu prendre le contour en boucle au milieu du village. Deuxième essai manqué ! Le caillou passerait la nuit sur le parking. Le lendemain une grue de taille intermédiaire déposa délicatement le marbre sur 8 cubes de calcaire que j’avais disposés sur la croix de béton, 4 en périphérie pour équilibrer le bloc et 4 plus au centre pour porter la sculpture terminée. Le verdict du grutier tomba, le bloc pesait 22 tonnes, la première grue n’aurait définitivement pas pu le porter ! Un rapide calcul de proportion et je lui dis que la sculpture finie ferait 10 tonnes. Il me répondit « Là il n’y aura plus de problèmes, on placera la grue de l’autre côté de la route et on passera la sculpture par-dessus les lignes électriques. »

Mais pour cela il aura fallu attendre 10 ans ; en ce 27 mars 1998 je me trouvais au Mexique et bien mieux pour moi ! Je ne sais pas si mes nerfs auraient supporté de voir  « 5 années de labeur » s’envoler à 15 mètres au-dessus du champ qui l’avait vue sortir de sa gangue de 12 tonnes de marbre qui restait, orpheline, au sol.

… Bon à présent  il ne me restait plus qu’à éclater ces 12 tonnes de pierre à la force des bras jusqu’à trouver la forme que mon imagination avait déjà placé à l’intérieur de ce parallélépipède… le «  Caillou ».

Oui vous avez bien lu « à la force des bras ». « Des bras » parce que pour pouvoir tailler certaines parties creuses de la forme j’ai dû apprendre à être ambidextre. Et « force musculaire » parce que j’avais décidé de tout tailler « à la main », sans machines. Aucun câble électrique ne descendrait le jardin entre l’atelier et ce champ ! Ce devait être un combat de patience et de haute lutte avec… moi-même. J’étais jeune !?! Au début le projet de sculpture s’appelait « Souffrance ». Après je l’ai changé en « Racines », je n’aime plus mettre des titres trop explicite à mes œuvres mais plutôt des noms  qui sont des clés pour guider vers le sens de ce que j’ai voulu exprimer et qui laissent toute la liberté au spectateur d’y imprimer sa propre vision, sa propre image.

Dès le lendemain, après avoir installé un échafaudage sur côté où j’envisageais de commencer le labeur. J’entrepris la taille selon ma technique habituelle : dégager des formes géométriques qui se rapprochent de plus en plus de la surface finie, en commençant par sculpter un des profils. Mais après un mois de coups de massettes, ne « visualisant » rien, je compris « vite » que je ne finirais jamais comme cela ! Pour le moral il me fallait inventer un moyen qui me permette de voir au jour le jour se dégager la forme du bloc. J’ai donc tracé des courbes de niveau sur la maquette. Je pu ainsi dessiner ces lignes tous les 15 centimètres et mesurer la distance à tailler entre le bord du bloc et la surface imaginaire placée à l’intérieur qui se matérialiserai depuis le haut. J’ai pu ainsi descendre par couches, centimètre par centimètre, en mettant en lumière les courbes de « Racines »,  forme mi humaine, mi arbre. Jours après jours je pouvais ainsi voir apparaitre quelques centimètres de la ligne d’une feuille, du dos.

Depuis ce moment mon temps c’est compté au rythme lent et régulier des coups de massette sur les outils. En commençant par le bord avec une chasse qui lève le marbre par kilos et puis par grammes avec la broche qui dégage lignes par lignes, couches par couches. On apprend à écouter la pierre… Un son aigu… Un coup pour rien. Un son grave, c’est la fissure qui avance entre les cristaux et l’éclat qui s’envole en sifflant. Trouver le bon geste c’est lever la massette avec un mouvement depuis l’épaule, jamais forcer avec l’avant-bras car c’est à coup sûr une tendinite après une semaine, laisser retomber le poids du métal en le guidant vers la broche… le choc… la massette rebondit pendant  que la broche dans la main gauche descend en mouvement de levier… La force entre dans le marbre et l’éclat siffle. Quelques fois le kilo d’acier loupait son rendez-vous avec l’arrière de la broche, une fraction de seconde trop tôt,  et il finissait contre le côté de mon pouce !… La douleur eu vite fait de m’apprendre le bon rythme et la coordination. Le mouvement était devenu un réflexe comme la respiration. Lignes après lignes, couches après couches ce rythme vite devenu méditation, réflexion, introspection… Le début du voyage intérieur…

Je pouvais presque travailler tout au long de l’année, par tous les temps, seules les périodes de grand gel pouvaient m’arrêter, la pointe des broches cassaient. Bon ! Il fallait aussi travailler à la préparation des expositions… et vendre un peu !

Une année passa puis deux, puis… Le temps n’a pas la même valeur pour tout le monde. Deux fois par semaines les élèves de la dernière salle de classe utilisée dans l’école du village passaient sur la route qui longeait le champ pour aller faire leur gymnastique dans la salle communale. Ils avaient entre 5 et 6 ans, la classe comptait deux niveaux d’enfantine. Les enfants me voyaient presque toujours avec mon casque de protection auditive vissé sur les oreilles, ils devaient croire que je ne pouvais pas les entendre. Car un jour de la rentrée d’automne un « grand », qui avait dû me voir taper sur mon caillou pendant toute une année dit à un « petit nouveau » qui me voyait faire pour la première fois : « Mais tu sais, de toutes façons, il  ne finira jamais ! »

L’hiver suivant fut particulièrement rude. J’avais dû commencer à creuser une tranchée pour être à une bonne hauteur de travail. Un mois de nuits à moins douze, la terre avait gelé  sur plus de 50 centimètres de profond et la pioche ne servait plus à rien. Je devais utiliser la masse et la broche pour prolonger la tranchée… La terre était devenue plus dur et tenace que le marbre. Un jour une grande broche resta plantée dans la terre, coincée comme Excalibur dans son enclume. Je n’avais pu la dégager qu’après un mois d’arrêt de travail forcé, mais à l’été 1993 je terminais le polissage et le jour de graver la signature arriva… La fin du périple intérieur… Le vrai voyage pouvait commencer.]

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